Prix Lumière 2022 – Tim Burton, we love you !

Ému jusqu’aux larmes, le cinéaste a reçu le Prix Lumière sous l’ovation du public lyonnais.

Ni le sourire carnassier du Joker, ni les lames d’acier d’Edward ou la tignasse folle de Beetlejuice. Mais quelques créatures gothiques disséminées ça et là dans les gradins de l’Amphithéâtre 3000, avaient fait le déplacement pour acclamer leur maître.

Après Jane Campion en 2021, Tim Burton a reçu vendredi soir le 14e Prix Lumière devant les 3000 spectateurs du Centre des congrès de Lyon.

« Tim Burton, I love you ! », a scandé une jeune admiratrice devant le cinéaste ému aux larmes par la standing ovation de cinq minutes réservé par le public lors de son entrée en scène flamboyante sur le thème musical Batman (1989). « Je n’ai jamais ressenti autant d’amour que ce soir ! C’est un honneur d’être dans la ville natale du cinéma. Je n’ai jamais vécu ça. Je suis sans voix ! C’est l’une des plus belles choses qui me soit arrivée », a déclaré le cinéaste américain après que l’actrice italienne Monica Bellucci lui eut remis le Prix Lumière.

Au casting de cette célébration, Vincent Lindon, Tony Gatlif, Michèle Laroque, Claude Lelouch, Jean-Paul Rappeneau, Alice Taglioni, Vincent Perez ou encore Irène Jacob, la présidente de l’Institut Lumière, pour ne citer qu’eux.

« Vos rêves et vos cauchemars repoussent les murs en élargissant nos esprits. Vous faites partie de ces cinéastes visionnaires. Vos visions nous parviennent avec force et clarté. Elles sont si frappantes qu’on les croit bien réelles. Dans vos films, les monstres sont joyeux et émotifs. Votre cinéma nous aide à surmonter nos peurs et à accepter notre condition humaine. Ce sont des bouffées de cinéma libératrices », a-t-elle souligné.

Auparavant, Vincent Lindon a déclaré sa flamme à Tim Burton : « Vous inventez des monstres que l’on aimerait prendre dans nos bras. J’aimerais vous dire que votre œil est un grand cœur qui envoie la caméra courir vers les filles et les garçons », citant Jean-Luc Godard, avant de rendre hommage au cinéma français et à son modèle unique de financement. « Vous êtes un artiste total, en éveil constant, qui s’applique à donner une autre forme à la réalité ». Au piano, l’actrice Alice Taglioni, a offert un moment suspendu au public en interprétant le thème musical des Noces funèbres. Une surprise concoctée par l’actrice, pianiste de formation.

« J’ai bien conscience que Tim Burton est en train de se dire : who the fuck is this guy ? », a ensuite plaisanté dans un franglais impeccable l’humoriste Vincent Dedienne sous les rires de la salle, avant d’interpréter une version revisitée — truffée de références burtonniennes — de Papa, maman, de Georges Brassens et Patachou.

Pour clore la cérémonie en beauté, la chanteuse Imany a interprété Day-O (The Banana Boat Song), de Harry Belafonte, qui accompagne une scène culte de Beetlejuice (1988).


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Vincent Dedienne, Irène Jacob, Monica Bellucci, Tim Burton, Imany, Alice Taglioni et Vincent Lindon © Léa Rener


Après son sacre et avant de laisser place à la projection de Dark Shadows, le Prix Lumière 2022 s’est prêté au jeu des photos et des autographes. Et comme dirait Beetlejuice : « It’s showtime ! »

Laura Lépine et Benoit Pavant

Monica Bellucci © Isabelle Barnel
Monica Bellucci © Isabelle Barnel
Irène Jacob © Isabelle Barnel
Irène Jacob © Isabelle Barnel
Raphaël Personnaz, Regis Warnier © Isabelle Barnel
Raphaël Personnaz, Regis Warnier © Isabelle Barnel
Alice Taglioni © Isabelle Barnel
Alice Taglioni © Isabelle Barnel
Vincent Perez © Isabelle Barnel
Vincent Perez © Isabelle Barnel

LUMIERE 2022 – DANS LA NUIT de Charles Vanel

Le festival Lumière et l’Auditorium-Orchestre national de Lyon présentent

DANS LA NUIT

de Charles Vanel (1930)

CINÉ-CONCERT À L’AUDITORIUM DE LYON
JEUDI 20 OCTOBRE À 20H

ACCOMPAGNÉ À L’ORGUE PAR ADAM BERNADAC

DansLaNuit2

Une restauration conduite par l’Institut Lumière.

Achat des places

Tarif : 15 € / 13 € accrédités


L’événement cinéma muet du festival Lumière !


Grand chef-d’œuvre oublié, éclipsé par l’arrivée du parlant, invisible pendant des dizaines d’années, Dans la nuit revient sur les écrans cet automne avec une restauration conduite par l’Institut Lumière. L’événement cinéma muet de Lumière 2022, en collaboration avec l’Auditorium de Lyon.

“ J’ai mal choisi le moment pour me lancer dans la mise en scène. Le premier film que j’ai réalisé, Dans la nuit, fut aussi l’un des derniers films muets. Les distributeurs et les exploitants parisiens qui en étaient producteurs ne croyaient absolument pas au cinéma parlant. “Prenez patience, cette mode ne durera pas”. J’étais moins optimiste qu’eux et j’ai eu raison. ”

Charles Vanel


La restauration de Dans la nuit a été conduite par l’Institut Lumière.
Elle a été financée par le Centre National du Cinéma et de l’image animée, dans le cadre de l’aide sélective à la numérisation des œuvres cinématographiques du patrimoine.


Cette restauration a été effectuée par Éclair Classics,  à partir du négatif flam d’origine sauvegardé par la Cinémathèque française.
Elle a bénéficié du soutien de la maison CHANEL, de Laurent Gerra et de Michel Merkt.
La HFPA est associée à l’événement Dans la nuit.


Merci aux équipes de l’Institut Lumière, de la Cinémathèque française et d’Éclair Classics.

LUMIERE 2022 – Viva Maria !

Viva Maria !

de Louis Malle , France, Italie , 1965

Louis Malle

Amérique centrale, début du XXe siècle. Deux jeunes chanteuses (Jeanne Moreau, Brigitte Bardot) d’une troupe de music-hall ambulante s’éprennent du même homme, un révolutionnaire. Par amour, elles épousent sa cause, et après la mort de ce dernier, poursuivent la mission qu’il avait entamée, jusqu’au triomphe de la révolution.

Co-écrit avec Jean-Claude Carrière, qui venait d’achever Yoyo de Pierre Étaix, Viva Maria ! réunit deux des plus célèbres actrices du moment, Brigitte Bardot et Jeanne Moreau. Le tapage médiatique autour du tournage est démesuré : dès le premier jour, soixante-dix journalistes internationaux sont présents. Cette atmosphère contribue à rendre le tournage, qui se déroule au Mexique, très difficile. Les problèmes logistiques s’accumulent et le calendrier change constamment : les actrices sont malades l’une après l’autre, puis Louis Malle et bientôt l’équipe tout entière, enfin des pluies diluviennes et des chaleurs étouffantes ralentissent le tournage.

« Comme tant d’autres, parmi les gens de ma génération, j’étais un fan du cinéma américain de cette période, les années 40 et 50. Le western était un genre que nous adorions, bien entendu. Mon idée était de mettre deux femmes dans une situation où l’on a traditionnellement deux hommes, deux copains, dans les films hollywoodiens. » (Louis Malle in Conversations avec Louis Malle, Philip French, Denoël). Avec ce film d’action aux teintes de western et à l’inspiration buñuélienne (Juan Luis Buñuel sera d’ailleurs assistant sur le tournage), le cinéaste fait de ses héroïnes de véritables libératrices. Derrière un humour féroce, absurde et satirique, se dessine une prise de position politique et sociale : ceux qui oppriment la classe populaire et les révolutionnaires (les propriétaires terriens, les directeurs de banque, les bourgeois, les dictateurs, les Jésuites) sont furieusement dénoncés.

« Sur un territoire complètement différent, Viva Maria ! manifeste les contradictions déjà décelées dans Zazie, le télescopage de la dérision et de l’insurrection, du poétique et de l’anarchique, le décalage entre l’ambition du sens et les incertitudes de la forme. » (Pierre Billard, Louis Malle : le rebelle solitaire, Plon)

Les intentions du scénario sont louées, mais certains, dont le cinéaste lui-même, reconnaissent un traitement confus, qui manque d’efficacité. Pour autant, le film fut le plus gros succès public du cinéaste, après Au revoir les enfants (1987).

Viva Maria !
France, Italie, 1965, 1h57, couleurs, format 2.35

Réalisation Louis Malle
Assistants réalisation Volker Schlöndorff, Juan Luis Buñuel, Manuel Muñoz
Scénario Louis Malle, Jean-Claude Carrière  
Photo Henri Decaë
Musique Georges DelerueMontage Suzanne Baron, Kenout Peltier
Décors Bernard Evein
Costumes Pierre Cardin, Ghislain Uhry
Production Oscar Dancigers, NEF – Nouvelles Éditions de Films, Les Productions Artistes Associés, Vides-Film
Distributeur Malavida
 
Interprètes Jeanne Moreau (Maria I), Brigitte Bardot (Maria II), George Hamilton (Florès), Gregor von Rezzori (Diogène), Paulette Dubost (Madame Diogène), Claudio Brook (Rodolfo), Carlos López Moctezuma (Rodriguez), Poldo Bendandi (Werther)

Sortie en France 22 novembre 1965
Sortie en Italie 16 février 1966
Sortie en salles le 9 novembre 2022 par Malavida dans une rétrospective consacrée à Louis Malle
Remerciements à Gaumont


Séances

ACHAT mer 19 20h – UGC Astoria En présence de Régis Wargnier
ACHAT ven 21 21h15 – Pathé Bellecour
ACHAT dim 23 14h30 – UGC Confluence 
En présence de Jean-Paul Salomé

LUMIERE 2022 – The Wonder

The Wonder

de Sebastián Lelio , États-Unis, Royaume-Uni, Irlande , 2022

Avant-première

Milieu du XIXe siècle. Lib Wright (Florence Pugh), une infirmière, arrive dans les Midlands irlandais, pour une tâche inhabituelle : observer une fillette de 11 ans, Anna O’Donnell (Kíla Lord Cassidy), qui n’aurait rien mangé depuis quatre mois et dit se nourrir de la « manne céleste ». Alors que les touristes pieux affluent dans le village, le conseil municipal engage Lib, ainsi qu’une religieuse, pour observer l’enfant et déterminer la cause du phénomène. Troublée par la ferveur qui entrave son enquête et harcelée par William Byrne (Tom Burke), un ambitieux journaliste londonien, Lib comprend que des mesures extraordinaires doivent être prises pour sauver Anna d’une situation de plus en plus explosive.


The Wonder
est le huitième film du cinéaste chilien Sebastián Lelio, grand spécialiste des portraits de femmes, dont le dernier film tourné au Chili, Une femme fantastique, en 2017, avait remporté l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Ce succès lui a ouvert les portes du cinéma anglophone : il a ainsi réalisé coup sur coup Désobéissance (2017), avec Rachel Weisz et Rachel McAdams, et Gloria Bell (2018), avec Julianne Moore, remake américain de son propre film de 2013. Il adapte aujourd’hui le roman de la Canadienne Emma Donoghue (dont un précédent ouvrage avait fourni la matière du film Room).

The Wonder raconte l’opposition entre une infirmière rationaliste (interprétée par la jeune comédienne anglaise Florence Pugh), formée aux soins modernes par Florence Nightingale, qu’elle a accompagnée pendant la guerre de Crimée, et une communauté qui veut croire aux miracles. Cette question de la foi – foi religieuse mais aussi foi dans le récit – est centrale au film, et Sebastián Lelio le signale d’emblée, via une scène d’ouverture qui met le récit en abyme.

« Il suffit d’une poignée de lieux de tournage, et de quelques plans « caravagesques » de l’héroïne, rôdant autour de l’auberge du village, pour dresser un tableau saisissant du chagrin et du désespoir. Tous ceux que nous rencontrons sont accompagnés par un ou plusieurs fantômes de la famine, et il n’est donc pas étonnant que les gens soient désireux de croire aux rumeurs d’une fille qui n’aurait pas besoin de manger. La partition étrange et ingénieuse de Matthew Herbert, toute en percussions et voix, ajoute au sentiment d’être entouré d’âmes perdues, tout comme les taches blanches qui scintillent comme des lucioles sur les visions de la lande inspirées au chef-opérateur Ari Wegner par les tableaux d’Andrew Wyeth, résultat du transfert des séquences numériques sur pellicule avant d’être scannées pour l’étalonnage. » (David Ehrlich, Indiewire, 3 septembre 2022)

The Wonder
États-Unis, Royaume-Uni, Irlande, 2022, 1h43, couleurs, format 2.39
 
Réalisation Sebastián Lelio
Scénario Sebastián Lelio, Alice Birch, d’après le roman de Emma Donoghue
Photo Ari Wegner
Musique Matthew Herbert
Montage Kristina Hetherington
Décors Grant Montgomery
Costumes Odile Dicks-Mireaux
Production Ed Guiney, Juliette Howell, Andrew Lowe, Tessa Ross, Element Pictures
 
Interprètes Florence Pugh (Lib Wright), Kíla Lord Cassidy (Anna), Tom Burke, Niamh Algar, Ciarán Hinds, Toby Jones, Elaine Cassidy
 
Présentation au Festival de Telluride 2 septembre 2022
Remerciements à Netflix
En avant-première de sa diffusion à partir de fin 2022

Séances

ACHAT lun 17 18h15 – Pathé Bellecour
En présence de Sebastián Lelio

LUMIERE 2022 – Two Lovers

Two Lovers

de James Gray , États-Unis, France , 2008

Invités du festival : James Gray

Brighton Beach, Brooklyn. Dévasté par une déception sentimentale, Leonard Kraditor (Joaquin Phoenix) revient vivre dans sa famille et fait la connaissance de deux femmes : Michelle (Gwyneth Paltrow), sa nouvelle voisine, aussi belle que mystérieuse, et Sandra (Vinessa Shaw), fille d’amis de ses parents, vers qui ceux-ci le poussent. D’abord rebelle à la pression familiale, Leonard commence à apprécier Sandra. Mais lorsque Michelle lui demande de l’aider à se libérer d’une liaison destructrice, tout bascule.

Un an seulement après La nuit nous appartient, James Gray, qui jusque-là signait un film tous les six ou sept ans, sort pour la première fois du genre policier. Le film est ainsi particulièrement attendu. Et rejoint immédiatement pleinement l’univers de James Gray.

Joaquin Phoenix, acteur fétiche du réalisateur, apparaît : imposant visuellement, mais toujours à rien de se briser. Il est Leonard, un homme bipolaire, à bout de course, qui cherche à mettre fin à ses jours en se noyant. En vain. Il rentre chez ses parents, se sèche, et reprend le cours normal de son mal-être. Fils d’un teinturier, sa voie semble toute tracée : reprendre l’affaire de ses parents, épouser Sandra. Elle est la raison, la stabilité, la perpétuation familiale. Mais il croise sa voisine Michelle, qu’il observera longuement. Elle devient une image fantasmée de l’amour.  Elle représente la passion, le danger, l’inconnu. Elles sont toutes les deux désirables.

À partir d’un motif universel – un homme partagé entre deux femmes –, James Gray signe une œuvre d’une grande élégance sur la question du déterminisme social et familial et sur le renoncement. Il filme les émotions avec précision (le besoin vital de Leonard de désirer en dehors de la voie tracée), n’ajoute jamais de pathos à la mélancolie, ne se positionne pas plus haut que ses personnages. Beauté des images, mise en scène subtile et classique, tout concourt ici à livrer des émotions d’une rare justesse.

« Two Lovers est directement enté sur l’inspiration noire de James Gray. Mais il est aussi un film très probe, fidèle aux exigences de son sujet et attentif aux vibrations du sentiment qu’il dissèque et qu’il rattache, avec une sécheresse inédite, aux mécanismes obstinés par lesquels la personnalité d’un homme se réduit à ce qui lui échappe. […]Two Lovers est l’histoire d’un amour, filmée comme un drame existentiel et une crise identitaire au sein des coordonnées humaines les plus ordinaires, un récit dont la fluidité reprend les méandres douloureux de la déception, et dont la mise en scène parvient à ménager, par un remarquable sens de la tension et de la distance mélancolique, l’irruption du plus grand lyrisme à l’intérieur même de l’immédiat. » (Franck Kausch, Positif n°573, novembre 2008)

Two Lovers
États-Unis, France, 2008, 1h50, couleurs, format 2.35
 
Réalisation James Gray
Scénario James Gray, Richard Menello
Photo Joaquin Baca-Asay
Musique Ella Fitzgerald, The Duke Ellington Orchestra, Dizzy Gillespie, Moby, Amália Rodrigues, Christopher Spelman…
Montage John Axelrad
Décors Happy Massee
Costumes Michael Clancy
Production Donna Gigliotti, James Gray, Anthony Katagas, 2929 Productions, Tempesta Films
Distributeur Wild Bunch Distribution
 
Interprètes Joaquin Phoenix (Leonard Kraditor), Gwyneth Paltrow (Michelle Rausch), Vinessa Shaw (Sandra Cohen), John Ortiz (José Cordero), Moni Moshonov (Reuben Kraditor), Isabella Rossellini (Ruth Kraditor)
 
Présentation au Festival de Cannes 19 mai 2008
Sortie en France 19 novembre 2008
Sortie aux États-Unis 20 mars 2009


Séances

ACHAT mar 18 21h30 – Pathé Bellecour En présence de Laurent Delmas (journaliste, auteur)

ACHAT jeu 20 16h15 – Comœdia En présence de Laurent Delmas (journaliste, auteur)

ACHAT ven 21 18h45 – UGC Confluence